• © Remy Charlip

  • "Reading dance", école Estienne 2004 © photo: Ianna Andréadis

  • "Reading dance", école Estienne 2004 © photo: Ianna Andréadis

  • "Reading dance", école Estienne 2004 © photo: Ianna Andréadis

Remy Charlip

Remy Charlip est né à Brooklyn, New York, en 1929. Il est mort le 14 août 2012 à San Francisco. Enfant, il rêvait d’être clown, fermier, artiste, violoniste et c’est un peu tout cela qu’il est devenu.
Danseur et chorégraphe, illustrateur, metteur en scène, graphiste et professeur, Remy Charlip est un esprit libre.
Il a commencé par étudier le design textile au lycée puis le graphisme à l’école des arts décoratifs Cooper Union de New York. Sa vie a été une suite de rencontres et de travail avec de nombreux artistes américains mais aussi du monde entier dans de nombreux domaines de l’art en particulier la danse et le théâtre.
Il lui faut aussi gagner sa vie en dessinant des affiches ou des couvertures de livres, en donnant des cours de théâtre aux enfants. Ainsi se construisent les multiples relations amicales que Charlip saura si bien tisser dans la matière même de ses créations.
À vingt ans il danse dans « Les Mariés de la Tour Eiffel » de Jean Cocteau et «The only jalousy of Emer» du poète anglais Yeats. Lou Harrison, figure majeure de la musique expérimentale, en signe la partition musicale. Une longue amitié avec le musicien qui sera aussi son compagnon commence. Elle permettra à Charlip de connaître l’avant-garde. À ce moment-là dira-t-il j’ai connu les 100 personnes les plus intéressantes à rencontrer dans le monde. Lou Harrison lui présente ses amis : Merce Cunningham, créateur de la célèbre compagnie de danse et John Cage qui est au piano quand Charlip danse « Ragtime Parade » en 1950. Il restera 11 ans dans la compagnie dont il est l’un des co-fondateur. De longues collaborations commencent. Le dessin de costumes est l’occasion de fréquenter des peintres comme Robert Rauschenberg ou Jasper Johns. Il fut aussi l’auteur de la chorégraphie du premier spectacle de la compagnie du fameux Living Théâtre.
Au cours d’années fertiles pour l’art américain (1950-1960) il se rend à plusieurs reprises en Caroline du Nord, au Collège « Black Mountain ». C’est alors une école d’art d’avant-garde. On a parlé à son sujet d’un «Bauhaus américain» où enseigneront après la seconde guerre mondiale des artistes comme Joseph Albers, et dont émergeront Franz Kline, Wilhem de Kooning… 1952 marque l’apparition dans la culture américaine du « Happening », mixte de différents medium de création : poésie, musique, danse. Le texte de référence, qui circule parmi les artistes est alors Le Théâtre et son double d’Antonin Artaud paru en France avant la guerre et qui vient d’être traduit en anglais. L’art s’envoie aussi par la poste et le « Mail Art » apparaît sous l’influence de Ray Johnson. Dans ce bouillonnement circule le petit bus Volkswagen peint par Rauschenberg et rempli de danseurs qui deviendront célèbres. John Cage est au volant. « … our focus was nethertheless single : art and life. No separation. John’s (Cage) credo-accepting the multiplicity of things-was actively lived in the VWdays. »
Parallèlement Charlip reste en lien avec les universités qui sont autant d’occasions d’obtenir bourses et subsides. En 1958 il fonde avec Judith Martin, une troupe de théâtre qui joue pour un public d’enfants, la compagnie « Paper Bag Players » qui existe toujours. Un théâtre s’impose à lui à partir des objets de la vie quotidienne, le rideau de la douche ou un sac en papier suffisent avec une paire de ciseaux à se fabriquer un costume et improviser, comme il le proposera aux enfants dans l’album : Déguisons nous ! / Let’s have a party ! de 1956.
Sa carrière d’illustrateur de livres et d’auteur se construit, riche d’innombrables recherches dans le mouvement joyeux des objets et l’absence d’afféterie. Le succès et la reconnaissance des livres arrivent :  Arm and arm est remarqué à la Foire du livre de Bratislava dès sa sortie en 1969. Un nouvel aller-retour ramène Charlip à la scénographie et aux costumes pour différents spectacles. Le célèbre café « la MaMa » ou le Village Gate à New York abritent des spectacles dans lesquels il intervient avec le peintre Andy Warhol ou l’auteur de théâtre Edouard Albee. « All my life I’ve taught that each person is unique, living their own version of an artist-dancer-writer-singer-painter-musician. One way for me to share that special balancing act with others is to take each art separately and present it as simply as possible, without the hocus-pocus and snobbery, so that everyone can see how it’s done. »
D’autres pays font appel à lui : il se rend en Angleterre, en Australie, au Venezuela, au Japon où pour l’ouverture de la foire internationale de Osaka en 1970 il rend hommage à la danseuse américaine Loïe Fuller qui s’enveloppait dans les textiles et la lumière.
Pour Remy Charlip, il existe un lien fondamental entre la chorégraphie et le livre d’images. Ces deux formes de création, comme le théâtre, la bande dessinée ou le cinéma, ont en commun la capacité d’être transformées, mises en boucle, coupées et réorganisées.
Auteur et illustrateur de 35 livres pour enfants et adultes dont les plus fameux sont : It looks like snow (1957) Fortunately (1964) Mother, Mother I Feel sick, Send the doctor, Quick, Quick, Quick (1966) Arm in arm (1997). Charlip y utilise des jeux de mots, des énigmes, des comptines, jouant sans cesse sur le rythme et sur les notions de déplacements du corps.
Parfois il chorégraphie en images un duo d’échanges corporels entre une mère et son enfant, comme dans Sleepytime Rhyme (1999). Une autre fois il dessine 6 pages de notations chorégraphiques. Elles sont destinées à être envoyées par avion (Air mail dance) à des danseurs et à des troupes de danse dans le monde entier. Le programme mondial des représentations en constitue le texte. On y voit notamment « Dance in a wing chair/Danse dans un fauteuil (Reading Dance) » qui représente un personnage lisant un livre dans un fauteuil dans seize positions différentes. Le lecteur se fait ainsi danseur en train de lire. La lecture a trouvé son chorégraphe ! Comment ne pas penser à la série de 12 photographies montrant Bruno Munari lisant dans un fauteuil dans toutes les positions (inconfortables) possibles et que l’on a vues dans son livre Fantasia, 1977. Si l’on sait que ces deux grands fantaisistes ne se sont pas rencontrés, ils ont communiqué par livres interposés. Remy Charlip envoya à Munari  It’s look like snow  dans une petite enveloppe rouge pour lui souhaiter une bonne année en 1957. Munari répondit, beaucoup plus tard en lui dédiant, ainsi qu’à John Cage son célèbre Capuccetto Bianco. C’est ainsi que la création voyage d’un continent à l’autre. D’un livre à l’autre. Par la réponse d’un artiste d’une génération à l’autre.
C’est avec deux très grandes écrivaines américaines pour les enfants qu’il avait commencé à illustrer des textes : Margaret Wise Brown - The Dead Bird – 1956 et Ruth Krauss - A moon for a button -1959. On lui a attribué de nombreux autres prix et il a été lauréat de la Bibliothèque Publique de San Francisco. Pendant 3 années de suite ses ouvrages ont été reconnus par le New York Times comme faisant partie des dix meilleurs livres illustrés de l’année. Il a également obtenu le titre de meilleur livre de l’année à la Foire du livre de jeunesse de Bologne avec son ouvrage Arm in Arm : a collection of connections, Endless Tales, Reiterations and other Echolalia-1997). En France, On dirait qu’il neige est publié en 2000 par Les Trois Ourses. Une ligne de texte en gros caractères court au bas de pages entièrement blanches, laissant l’imagination de l’enfant totalement libre. De 0 à 7 ans tous les enfants en admirent l’illustration ! Maman, Maman, j’ai mal au ventre (Circonflexe, 2003), relève les petits rien - ou les grands drames - de la vie familiale. À Paris en 2004 il a réalisé, à l’invitation des Trois Ourses une performance avec des amis danseurs à partir du projet du livre Reading Dance en guise de partition et différents fauteuils pour scénographie. Une richesse nouvelle du livre apparaissait.
L’éditeur MeMo a publié Rien en 2005, Où est qui ?, Déguisons-nous, Heureusement, et Mon chat personnel et privé, spécialement réservé à mon usage particulier en 2012.
La rencontre entre les organisatrices de Minimondi (Parme, Italie), Les Trois Ourses et Erika Bradfield - amie et collaboratrice de Remy Charlip - a permis de réaliser l’exposition « Remy Charlip : Danzare il mio libro » en 2011 qui rend visible la pluralité de son travail de danseur et de chorégraphe, d’homme de théâtre, d’auteur, d’illustrateur. À cette occasion Minimondi publie le livre-accordéon Reading Dance.
La proximité de Charlip avec le théâtre, son goût du jeu, sa connaissance profonde de l’imaginaire des enfants lui fait percevoir cet objet nommé livre comme une partition à déchiffrer et à partager.
© Les Trois Ourses
Texte inspiré de "Remy Charlip : The Art of Being An Artist" de John Held, Jr.

Article du New York Times
Article du Publishers Weekly